Friday, September 13, 2013
TESCHUWA - aktive Reue & Umkehr
Sunday, June 17, 2012
Parachat Shelakh (français)
Saturday, April 21, 2012
Parachat Tazria-Metzora (français)
Monday, April 9, 2012
Friday, January 6, 2012
Parachat Vayehi (français)
L'année dernière, j’ai eu le grand plaisir de travailler avec une bat mitsvah singulière et intéressante. C’était dans une communauté libérale assez petite, et elle fut la seule élève bat mitsvah de l'année. Donc, quand nous nous rencontrions, nous avions beaucoup de temps pour discuter.
Nous avons toujours commencé les leçons avec une question, car j'avais institué les règles suivantes:
- « il faut toujours commencer avec une question » et
- « nous pouvons discuter de tout tant que cela, d'une façon ou d'une autre, a un lien avec le Judaïsme. »
Ainsi au début de notre premier rencontre elle a demandé : « Pourquoi les justes doiventils souffrir ? »
Ce n’était pas une boutade ni une tentative de se montrer rebelle. C’était simplement une jeune fille juive qui avait la possibilité de poser une question qui la préoccupait. Par ailleurs c’était une occasion pour aborder une question universelle. Afin de ne pas offrir une réponse superficielle, j’ai dû réfléchir. Engageant avec elle un dialogue, nous avons fait quelque chose . . . de juif.
Certes, la question « Pourquoi les justes souffrent-ils ? » représente pour nous une question réelle. Si nous, ou l'un de nos proches, ne sommes pas frappés en ce moment par un malheur, nous pouvons malheureusement nous rappeler que parfois nous avons éprouvé de la douleur ou de la détresse ou nous imaginer cet état. Et quand nous et nos proches souffrons – émotionnellement, spirituellement ou physiquement -- d’une certain façon nous nous demandons « Pourquoi les justes doivent souffrir ? »
Nous trouvons naturellement cette question dans le Tanakh. Par exemple le livre de Job entier est une tentative pour expliquer « pourquoi les justes doivent-ils endurer le mal ». Dans une certaine perspective c’est aussi un thème général de l’histoire de Joseph, notre héros actuel dans le Torah. Après toutes ces épreuves que Joseph a subies, on peut poser la question suivante: « pourquoi le mal frappe-t-il les justes? » Et Joseph lui-même même a essayé de répondre à cette question . . . deux fois. Dans la parachah de la semaine passée, Vayigach, comme dans la parachah cette semaine, Vayehi. Ainsi, après la mort de Jacob, les frères de Joseph qui avaient essayé de le tuer, soudain prennent peur. Ils pensent : il est naturel et humain de vouloir se venger. Alors pour se protéger, ils mentent à Joseph et disent :
(Gen 50 :16, 17, 19, 20) Ton père a commandé avant sa mort ce qui suit : 17 « Parlez ainsi à Joseph : “Pardonne, de grâce, l’offense de tes frères et leur faute, et le mal qu’ils t’ont fait. Maintenant donc, pardonne leur faute aux serviteurs du Dieu de ton père ” » . . . 19 (en pleurant) Joseph leur répondit : « Soyez sans crainte ; car suis-je à la place de Dieu ? 20 Vous, vous aviez médité contre moi le mal : Dieu l’a combiné pour le bien, afin que s’accomplisse ce qui arrive aujourd’hui, qu’un peuple nombreux soit sauvé.
« Dieu l’a combiné pour le bien. » C’est une réponse assez bonne. Il est naturel et humain de vouloir se venger mais, au lieu de se venger, Joseph répond avec sagesse et exprime son pardon. Mais attention : la réponse de Joseph est-elle la réponse universelle pour la question relative à la souffrance ? Est-ce que c’est une réponse . . . juive ?
Lorsqu'une question nous est posée, la tendance humaine est de chercher une réponse, même simpliste. C’est clair et c’est simple. Nous demandons « Pourquoi les justes doiventils souffrir? » et soudain nous avons une réponse éclairante, convaincante et réconfortante pour calmer nos inquiétudes. « Dieu l’a combiné pour le bien. »
« Pourquoi Joseph a-t-il dû souffrir ? Afin que s’accomplisse ce qui arrive aujourd’hui, qu’un peuple nombreux soit sauvé. »
Mais que faire lorsque l’on a besoin de parler avec une personne en deuil ? Que faire lorsque l’on est confronté à notre histoire ? Les pogroms ? La Shoah ?
Aujourd’hui je n’ai pas voulu discuter ou trouver les réponses mais plutôt poser les questions. Les réponses sont dangereuses car elles sont souvent relatives à un lieu et une heure spécifique. La réponse de Joseph était la réponse parfaite – pour ce moment là. En effet les réponses de nos textes et notre histoire ne peuvent être que le début de notre recherche quand nous avons une question. Et en est le parfait exemple. Ainsi, quand nous parlons avec des personnes en deuil, nous disons selon la tradition achkenasi « Hamakom yinahem ethem b'toh sha'ar availay Tzion v'Yeruchalayim » -- « Que l’Eternel vous réconforte avec toutes les personnes en deuil de Zion et Jerusalem » et dans la tradition sephardi on dit « tenachamu min hachamayim » -- « Puissiez-vous être consolé par le ciel. » J’ai appris d’un maître qu'en présence d'une personne en deuil, il y a seulement deux choses qui sont importantes : il faut être là et il faut rester silencieux jusqu’à ce que cette personne vous adresse la parole. Ce n’est pas facile et telle n’est pas notre tendance naturelle, mais c’est la sagesse de notre Tradition.
Ne tombons pas dans l'illusion que toute question a une réponse simple. Pourtant notre Tradition peut laisser penser cela. Quand on demande « Quand le Chabat commence-t-il… comment manger kocher… quelle sorte de travail est interdit le Chabat… pourquoi doit-on prier… » – je peux presque toujours trouver une réponse—. C’est le travail du rabbin. Mais la chose la plus difficile est de comprendre les idées qui génèrent les questions et fondent les réponses. Lorsqu’on se contente d'écouter une question sans se demander le pourquoi de cette question et lorsqu'on donne une réponse hâtive et conventionnelle, nous perdons quelque chose . . . de juif. Le Talmud entier est une série d'histoires, de questions, de discussions et de débats. Elle indique des réponses mais souvent la loi n'est pas formulée de façon claire.
La modalité la plus juive est-elle toujours d’avoir une réponse définitive ou n'est-ce pas le débat, la discussion . . . parfois le silence ?
Une dernière pensée pour conclure ces réflexions :
J’ai regardé avec horreur ces semaines passées les évènements en Israël à Beit Shemesh. Depuis plusieurs années à Beit Shemesh, une ségrégation existe entre les hommes et les femmes—ségrégation non seulement dans les synagogues mais aussi sur certains trottoirs de la ville. Les juives ultra-ultra-orthodoxes ont dit au juives orthodoxes et national-religieuses qu'elles ne sont pas juives, et qu’il est juste et normal que, lorsque les jeunes filles – même celles qui ont huit ans – ne sont pas habillés assez modestement des rabbins les réprimandent et les harcèlent.
Il faut discuter la signification de ces évènements – la signification qu'ils ont pour nous et pour Israël. L'ironie est que, lorsque des Juifs disent aux autres Juifs qu'ils ne sont pas Juifs, on conclut que les Juifs libéraux ne sont pas les seules victimes de cette dénégation. Et je pense qu’il y a une relation évidente avec notre sujet aujourd’hui. Lorsqu’on commence à dire « il y a seulement une réponse, une possibilité, une interprétation » les évènements de Beit Shemesh sont finalement inévitables.
C’était parce que l'interprétation et la discussion ont toujours existé dans notre Tradition que nous sommes ici aujourd’hui–hommes et femmes ensemble. C’est grâce à l'évolution rendue parfois difficile de notre Tradition que j’ai pu travailler avec une bat mitsvah. C'est grâce au processus de réforme qu’elle a pu poser des questions et parler avec moi exprimant sa préoccupation devant le fait que les justes souffrent » et, grâce à nos discussions, avancer dans une meilleure compréhension de ce que propose notre Tradition.
Chabat Chalom.
Friday, December 30, 2011
Parachat Vayigach (français)
Il y a dans la parachah de la semaine – Parachat Vayigach – un moment de vraie catharsis. Depuis plusieurs sidrot et de nombres chapitres du livre de la Genèse, nous avons suivi l’histoire détaillée de Joseph. Nous avons lu des passage concernent ses rêves, la trahison de ses frères, sa mise en esclavage, l’accusation injuste de la part de la femme du Putiphar, l’emprisonnement que s’en est suivi et l’ascension de Joseph et, finalement, nous sommes revenue au point de départ – le drame avec ses frères.
Après toute ces épreuves que Joseph a subies, ses frères, les fils de Jacob, qui ont besoin de son aide pour survivre, viennent dans sa maison – sans savoir que Joseph est Joseph.
Joseph, qui est encore et toujours le fils de Jacob, se joue d'eux. Il est alors écrit dans la Torah :
(Genèse 45 :3-5, 14-15)
3Joseph dit à ses frères: Je suis Joseph! Mon père vit-il encore? Mais ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient troublés en sa présence.
4Joseph dit à ses frères: Approchez-vous de moi. Et ils s'approchèrent. Il dit: Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être mené en Égypte.
5Maintenant, ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici, car c'est pour vous sauver la vie que Dieu m'a envoyé devant vous.
Et la Torah poursuit:
14Il se jeta au cou de Benjamin, son frère, et pleura; et Benjamin pleura sur son cou.
15Il embrassa aussi tous ses frères, en pleurant. Après quoi, ses frères s'entretinrent avec lui.
Après tout le drame, après toute la douleur, c’est un moment de réel catharsis. Mais je crois aussi que pour nous , ce n ‘est pas une grande surprise. Après tout, Joseph est le héros de l’histoire, peut-être le premier héros classique dans la torah. Donc quand lui et ses frères s’embrassent, il s'agit d'une réconciliation, tel que celle que nous attendons du héros. Mais cela est-t-il aussi simple ?
Lorsqu’on considère les évènements qui ont mené à cette scène, peut-on penser que la réaction de Joseph était celle qu'on attendait de lui ? Celle d’un homme, alors que ses frères ont conspiré contre lui, ils l’ont battu et l’ont vendu en esclavage ? Je ne suis pas sûr que je pourrais aussi facilement pardonner et me réconcilier avec mes frères.
Comme toujours l’histoire est plus compliquée. Ce n’était pas sans raison que les frères ont agi comme ils ont agi. Joseph, le frère, le presque plus jeune des fils d’Israël, est venu un jour et a dit à ses frères « Regardez. Mon manteau prouve que notre père m’aime plus que vous. Et un jour, vous vous prosternerez devant moi. » Peut-être leur réaction à l’égard de Joseph était excessive, mais je crois qu’on peut comprendre les émotions des frères et même leur douleur.
En fait, si nous nous mettons à place de Joseph et de ses frères, une réconciliation n’est pas évidente.
Il y a eu pardon de part et d’autre. La réconciliation – c’est à dire le processus de t’chuva – est toujours compliqué parce que dans la vraie vie nous sommes les héros de nos histoires – dans notre imagination nous sommes souvent le Joseph de nos histoires et rarement ses frères-- et il nous est difficile d’admettre être l’agresseur et non la victime. Néanmoins il y a eu réconciliation. C'est pourquoi je peux me demander : est-ce que j’attends de moi-même ce que j'attends de Joseph ? Est-ce que j’attends de moi-même ce que j’attends des frères de Joseph?
Un de mes professeurs a dit, et c’était une leçon d’humilité, « Pour chaque personne que j’ai en thérapie, deux sont en thérapie à cause de moi. »
Une dernière pensée pour conclure ces réflexions :
Parachat Vayigach est la premiere parachah après la fête du Hanoukka. Bien que le symbole principal de Hanoukka pour les rabbins est le miracle de l’huile, aujourd’hui, en particulier en Israël après la fondation de l’état moderne, le symbole principal est devenu la lutte – même la guerre (– afin de surmonter nos obstacles et nos adversités). Et si aujourd’hui nous lisons un texte concernent le pardon et la réconciliation, je ne crois pas ce soit par hasard.
Tout comme l’histoire de Joseph n’est pas complète sans sa réconciliation avec sa famille, de même l’histoire de Hanoukka n’est pas encore complète. Après avoir lutté, nous nous devons célébrer nos victoires. Mais après les guerres entre nous et nos voisins, entre nous et la société, entre nous et nos familles, entre nous et les nations, entre nous et nous mêmes – la célébration n‘est complète que si elle inclut le temps de la guérison -- la célébration est uniquement complète avec la réconciliation entre nous et nos voisins, entre nous et la société, entre nous et nos familles, entre nous et les nations, entre nous et nous mêmes.
Chabbat Chalom.
Wednesday, November 30, 2011
Parashat Toldot (français)
D’une manière générale, quand on essaie pour la première fois de faire un sermon dans une langue étrangère, et tout particulièrement en français, c’est vraiment une leçon d’humilité.
Cela est spécialement vrai, je crois, dans cette synagogue. En effet, depuis quelques semaines, j’ai pu prendre conscience de la qualité ainsi que de la profondeur du message, et naturellement aussi de la beauté du français, que vous entendez ici chaque semaine.
Vous parler ce soir est donc pour moi une réelle leçon d’humilité. Et j’espère toutefois que, par le message que je veux vous transmettre, je serai digne de votre écoute.
Que la parashah d’aujourd’hui s’appelle justement toldot me semble tout-à-fait approprié. En effet, cette parashah parle précisément de la deuxième génération des patriarches. Il est évident que ce n’est pas toujours simple de faire partie de cette deuxième génération qui prend le relais de la première , c’est-à-dire de la génération fondatrice.
En effet, lorsque nous entendons « patriarches », souvent nous pensons « Abraham », et même nous disons « Abraham avinu—Abraham notre père. » Ou peut-être aussi pensons-nous à Jacob/Israel – « Israel avinu ». Mais que dire d’Isaac ? Certes, nous le citons en prononçant la bénédiction « elohey Abraham, elohey Yitshak v’ elohey Yaacov ». Mais nous arrive-t-il parfois d’invoquer Isaac, et rien qu’ Isaac? de dire seulement « Isaac avinu »? Que dit la Torah?
Le nom de notre parashah , « Toldot », signifie « l’histoire. »
« v’elah tol’dot Yitshak ben Avraham : Avraham holid et Yitshak. » (Gen. 25 :19)
« Ceci est l'histoire d'Isaac, fils d'Abraham: Abraham engendra Isaac. »
Immédiatement apparaît un problème : ce n’est pas de l’histoire d’Isaac que parle la Parashah mais plutôt de celle de ses fils, Jacob et Esau. Il est écrit :
« v’elah toldot Isaac » / « Ceci est l’histoire d’Isaac ».
Or, en réalité, la première histoire de Toldot, ce n’est pas l’histoire d’Isaac, c’est celle de Jacob et d’Esau.
En fait, si nous pensons aux patriarches, nous connaissons bien l’histoire d’Abraham , et celle de Jacob -- la troisième génération. Mais qu’en est-il de l’histoire d’Isaac? d’Isaac lui-même?
Nous connaissons évidemment tous l’« akeidat yitshak », la ligature d’Isaac, mais elle appartient à l’histoire d’Abraham, son père. Il y a bien sûr aussi la lutte entre les fils d’Isaac, Jacob et Esau, mais il s’agit en fait d’une lutte entre eux deux, sans aucun rôle actif de la part d’Isaac. Il me semble que nous pourrions toute la journée évoquer l’histoire des autres patriarches, alors qu’en ce qui concerne Isaac, nous ne la connaissons que par quelques éléments, des éléments qui apparaissent dans d’autres biographies.
Oui, nous ne connaissons Isaac que par l’intermédiaire des autres. Alors qui était donc réellement Isaac? Pourquoi son histoire n’est-elle apparemment pas sa propre histoire?
Prenons un autre exemple : il est courant dans la Torah que les couples se rencontrent pour la première fois autour d’un puits. Bien que nous ne sachions pas si, pour Abraham et Sarah, c’était le cas, nous savons que Moïse, lui, s’est battu pour Zippora au bord d’un puits et que c’est également au bord d’un puits que Jacob a rencontré Rachel. Mais dans le cas d’Isaac et Rebecca, ce n’est pas Isaac lui-même qui rencontre Rebecca au puits ; non, c’est un serviteur d’Abraham qui la ramène du puits et la présente à Isaac. Bien qu’il s’agisse pourtant d’un moment fondamental de la vie d’Isaac, celui-ci, une fois de plus, n’agit pas activement dans sa propre histoire.
Alors invoquons-nous « Isaac » entre « Abraham » et « Jacob » parce que nous avons pitié de ce pauvre patriarche perdu au milieu des vrais patriarches?
Chas Ve Shalom !
Un élément me paraît très intéressant dans le texte de Toldot. Il serait pourtant très simple d’ignorer cette partie du texte. Notre paracha retrace une dispute entre l’entourage d’Isaac et celui d’Abimelech.
Il est écrit : « L’Eternel bénit Isaac. Isaac devint un personnage important. Son importance s'accrut encore et il devint même un homme très puissant. Il possédait des troupeaux de moutons, de chèvres et de bovins, et beaucoup de serviteurs, de sorte que les Philistins devinrent jaloux de lui. » (Gen. 27 :12-14)
Et la Torah poursuit : « Isaac partit et alla dresser son camp dans la vallée de Guérar où il s'établit. Il s'installa et fit déboucher les puits qu'avait creusés son père Abraham et que les Philistins avaient comblés après la mort d'Abraham, et il leur donna les mêmes noms que son père.» (27 : 17-18)
Chaque fois qu’Isaac et les siens creusaient un puits, ils le renommaient de la même manière qu’Abraham ; de plus, ils y trouvaient systématiquement de l’eau alors que les Philistins n’en avaient jamais trouvé dans ces puits. C’est pourquoi, à chaque nouveau puits, les Philistins attaquaient Isaac et Isaac s’enfuyait encore pour en creuser un autre ailleurs, avec le même succès. Et ainsi de suite jusqu’à ce que les Philistins prennent enfin conscience que Dieu était aux côtés d’Isaac. A ce moment-là, Abimelech décida de conclure un traité avec Isaac.
Cet épisode peut paraître sans intérêt. Pourtant, considérons un instant l’aspect symbolique. Un puits représente les émotions, les relations humaines, et surtout la vie elle-même. Ce n’est pas Isaac qui a creusé les premiers puits, c’est Abraham.
Or il n’est jamais aisé de reproduire exactement, et avec succès, les actes de ses ancêtres. Isaac, lui, l’a accompli et a même trouvé de nouveaux puits, de telle sorte qu’il nous a apporté presque plus que son père : par sa créativité, sa patience et sa détermination, il a assuré la survivance de son peuple. De notre peuple.
Je ne sais pas si c’est vrai pour tout le monde, mais je crois que beaucoup d’entre nous souhaiteraient sans doute être tels qu’Abraham : toujours le premier, toujours en tête. Ou même tels que Jacob : ingénieux, doué. Mais en réalité, nous sommes souvent plutôt comme Isaac : il nous est difficile, voire impossible, de remplacer nos parents. Que ce soit positif ou négatif, nos parents existent sur le piédestal, sacré et protégé, sur lequel nous, nous les avons posés ; et nous vivons en partie à travers nos enfants. Alors quelquefois, les premiers ou leurs descendants éclipsent nos réalisations individuelles, et cela sans que nous ne réagissions.
La tradition juive dit que, dans la Torah, aucun mot n’est écrit sans raison. On doit donc en déduire que toute répétition, ou absence de répétition, a son sens. Je pense donc qu’il y a deux manières de comprendre l’histoire d’Isaac et son absence de détails. Soit nous pouvons supposer que l’histoire individuelle d’Isaac est insignifiante parce qu’il n’a rien accompli d’extraordinaire. Soit, au contraire, nous pouvons penser que, comme elle est une répétition des actes des autres patriarches, il n’est pas nécessaire de la répéter et qu’il fallait, dans l’histoire d’Isaac, n’écrire que ce qui était nouveau ou unique.
Si tel est le cas, quelle leçon d’humilité !
Au sujet d’Isaac et de l’histoire de ses puits, le Midrash haGadol dit : « Telle est l’humilité d’Isaac. »
Normalement, nous, les enfants, nous construisons de nouvelles ailes aux maisons de nos parents et nous leur donnons de nouveaux noms. Isaac, lui, n’a rien fait de tel. Et quelle reconnaissance en a-t-il reçu ? Les autres patriarches ont vu leur nom être changé : Abraham s’appelait d’abord Abram et ne fut nommé Abraham que plus tard et Jacob reçut par la suite le nom d’Israël. Isaac, lui, avant même sa naissance, fut nommé Isaac par Dieu lui-même, et ce nom n’eut jamais besoin d’être modifié par les générations suivantes. »
L’important n’est pas toujours exactement ce que nous faisons ; l’essentiel, c’est surtout le comment, le pourquoi, et la perspective de nos actes. Cependant, il nous est presque impossible d’évaluer réellement ou personnellement nos actes si nous ne considérons avant tout que ceux des autres.
Chère communauté, chaque génération porte la responsabilité de son judaïsme. Ce que nous entreprenons en ce moment a autant de valeur que les actions de nos parents ou que celles de nos enfants.
Nous avons la responsabilité de garder et d’entretenir les puits déjà creusés ici, mais aussi celle d’assurer la survivance, la croissance et le futur de notre communauté avec créativité, patience et détermination.